Premières Assises de la Santé du Pied à l’Assemblée Nationale le 20 janvier
L’UFSPP a organisé le 20 janvier les premières Assises de la Santé du Pied à l’Assemblée Nationale autour de deux thèmes essentiels : le développement de l’accès aux soins et les compétences du podologue.
Ouverts par Djamel Bouhabib, président de l’UFSPP, les travaux - animés par Philippe Mascaro - se sont déroulés autour de deux tables-rondes devant un public composé, pour l’essentiel, de professionnels de santé.
Le développement de l’accès aux soins
Introduits par Louis Olié, président de la Fédération Nationale des Podologues, les débats sont partis d’un constat : les soins dispensés par les podologues ne bénéficient pratiquement d’aucune prise en charge par l’assurance maladie. Or, cette absence de prise en charge est le frein essentiel à la consultation du podologue et, ainsi à l’accès aux soins et aux traitements qu’il met en oeuvre. Si les podologues ne revendiquent pas de s’inscrire dans un conventionnement général, pour certaines pathologies ou catégories de population à risque, la situation actuelle ne peut perdurer. Il y a ainsi deux avancées prioritaires à mener pour les personnes diabétiques et les personnes âgées.
Le traitement du pied diabétique
Concernant le diabète, parmi ses complications, les neuropathies périphériques sont fréquentes et concernent environ 50 % des patients après 15 ans d’évolution. Elles entraînent une diminution de sensibilité qui se manifeste surtout au niveau des pieds. De ce fait, chez le patient diabétique, le risque d’amputation des membres inférieurs est multiplié par 15. La plupart de ces complications pourraient être évitées par un dépistage préventif systématique du risque de lésion avec des soins appropriés chez les sujets reconnus comme étant à risque. Le traitement du “pied diabétique” est ainsi devenu un enjeu de santé publique afin d’éviter ou de limiter le chiffre inacceptable de près de 8 000 amputations en France, chaque année, pour un coût de près de 75 millions d’euros (le coût d’une amputation est estimé au salaire annuel de deux infirmières). Un groupe de travail et de réflexion, placé sous la présidence du Pr Passa, chef du service de diabétologie de l’Hôpital Saint-Louis, à Paris, a rendu ses conclusions en septembre 2002, demandant au gouvernement de s’engager dans une stratégie globale avec un dépistage précoce portant sur 250 000 diabétiques qui bénéficieraient d’un bilan annuel et de 5 séances de soins. De ce fait, les podologues se sont engagés dans un plan national de formation spécifique sur le pied diabétique coordonné par la Fédération nationale des podologues, qui est prête à signer une convention avec l’Assurance maladie pour permettre l’accès de ces patients à leur prise en charge.
Les compétences du podologue : jusqu’où ?
Introduits par Claude Huertas, directeur de l’Institut de formation des podologues de Toulouse et vice-président de l’UFSPP, les travaux ont permis de confronter les demandes de la profession, au regard notamment des enjeux de santé publique, développés dans la première table-ronde, avec les analyses de responsables de haut-niveau de différentes professions de santé. Après la présentation d’un état des lieux du recrutement et de l’exercice médical (baisse des vocations, féminisation croissante, volonté d’exercer différemment, baisse de la densité médicale, vieillissement de la population, exigences de santé renforcées, médicalisation et prévention en hausse), Claude Huertas a tracé les perspectives à 10/15 ans de l’évolution du métier de podologue et conclu sur “quelques propositions pour faire gagner du temps médical.... et de l’argent public !!”. Il a prôné l’amélioration de l’exercice actuel du podologue avec l’application, sans réserve, du décret de compétences de 1985, l’extension du droit de prescription sur certains examens complémentaires et sur les orthèses plantaires, évoquant la nécessité d’un “transfert de compétences efficace”
Dans la perspective du rapport Berland, mais en tenant compte des besoins et possibilités exprimés par les responsables des professions de santé, comment les compétences des podologues pourraient-elles évoluer dans l’avenir ? Tel était le thème des discussions entre : - le Pr Yves Matillon, ancien directeur général de l’ANAES, chargé par le Premier Ministre d’une mission d’évaluation des compétences des professions de santé - le Pr Bernard Mazières, président de la Société Française de Rhumatologie - le Pr François Bonnel, chef du service de chirurgie orthopédique au CHU de Montpellier et ancien président de la Société Française de chirurgie orthopédique et traumatique - le Dr Patrick Bastien, conseiller national du syndicat de médecins généralistes MG France. Les débats ont été marqués par une nette ouverture d’esprit des participants sur le sujet en cause. Le Pr Bonnel a notamment évoqué, s’agissant du devenir de l’exercice du podologue, une évolution équivalente à celle du kinésithérapeute spécialiste de la rééducation de la main. Favorable à un développement des compétences qui sont aujourd’hui reconnues aux podologues, sur la base d’une formation validée dans un cadre universitaire, le Pr Bonnel s’est toutefois montré plus que réservé pour l’exercice des actes de petite chirurgie, comme c’est déjà le cas en Angleterre ou, plus largement encore, en Espagne ou aux États-Unis avec les podiatres.
Même ouverture d’esprit chez le Pr Mazières sur l’évolution des compétences des podologues, notamment dans le domaine de la rééducation du pied ou de la physiothérapie du pied. S’agissant de la prescription des orthèses plantaires, le Pr Mazières a toutefois opposé le principe intangible de l’impossibilité de “s’auto-prescrire”.
Le Dr Bastien, reprenant les discussions de la première table-ronde sur le pied diabétique, insiste sur la légitimité des podologues, ayant reçu la formation spécifique, de pouvoir grader les patients diabétiques, avec le mono-filament, au même titre que les médecins généralistes. Évoquant le succès de la formation pour les médecins aux TDR, les tests de diagnostics rapides pour l’angine, il estime qu’une démarche similaire pourrait être entreprise avec les médecins et les podologues pour le dépistage du pied diabétique.
Le Pr Matillon, très réservé sur la notion de “transfert de compétences” car elle implique un “transfert de responsabilités”, comprend la démarche des podologues d’inscrire leur formation dans le système LMD (licence-master-doctorat) et invite les professionnels à plus “d’audace” pour élaborer très rapidement les référentiels qui leurs sont nécessaires.
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