La Sécurité Sociale va (enfin) rembourser les soins podologiques des patients diabétiques !Après
l’expérimentation menée dans le cadre des réseaux diabète, la Haute
Autorité de Santé, dans son avis du 11 juillet 2007, a confirmé
l’intérêt des séances de prévention des lésions des pieds par le
podologue chez le patient diabétique présentant un risque podologique
élevé, dans la prévention des complications. L’UNCAM (Union
Nationale des Caisses d’Assurance Maladie) et la Fédération Nationale
des Podologues (FNP), unique syndicat représentatif de la profession,
ont signé le 18 décembre 2007 une convention globale qui permettra de
prendre en charge les actes de prévention et de soins des pieds des
patients diabétiques de type II, grade 2 et 3. La convention
ne sera applicable que lorsque la décision de l'UNCAM validant la prise
en charge des soins podologiques inclus dans la convention sera parue
au Journal Officiel, c'est-à-dire au cours du second trimestre 2008.
L'information sera mise en ligne sur le site de l’UFSP
www-sante-du-pied.org.La
signature de cette convention met en grande partie fin à un véritable
scandale. ll y a maintenant, en effet, des années qu’un consensus est
établi sur la nécessaire prise en charge des soins podologiques pour
les diabétiques, seul moyen efficace de réduire fortement le nombre
d’amputations et d’hospitalisations. Ce sont en effet actuellement près
de 15 000 amputations par an que subissent ces patients, en raison
d’une prise en charge insuffisante des complications liées au diabète.
Pourtant il a fallu plusieurs années de négociations difficiles à la
Fédération Nationale des Podologues pour obtenir cette prise en charge.
Sans
cette prise en charge, les diabétiques auraient continué à rester à
l’écart des soins podologiques. Or, la plupart des complications qu’ils
subissent peuvent pourtant être évitées par un dépistage systématique
du risque de lésion. La consultation régulière d’un podologue est
considérée par tous les experts comme une nécessité impérative. La
convention de décembre 2007 va enfin permettre de traiter ce grave
problème à sa juste dimension et d’y porter véritablement remède. Qui peut bénéficier de la prise en charge des soins podologiques ?L’assurance
maladie prend en charge des séances de soins de prévention des lésions
des pieds à risque de grades 2 et 3 chez le patient diabétique. Pour
être pris en charge, il faut donc être préalablement “gradé”. Cette
gradation pourra être effectuée par votre médecin ou votre podologue.
Un test simple (dit du “mono-filament”) sera utilisé pour établir votre
risque podologique, c’est-à-dire votre risque d’ulcération du pied. Les
trois principaux facteurs de risque d’ulcère sont : la présence de
déformations du pied, la neuropathie, l’artériopathie. Pour estimer ce
risque et offrir une prise en charge appropriée, une grille de
classification internationale graduée en quatre niveaux a été proposée
par le Groupe international d’étude du pied diabétique. Cette
classification sert de référentiel afin d’organiser la prévention
correspondant à chaque grade. La gradation du risque de lésion° Grade 0 (risque faible) : ni neuropathie, ni artérite > un examen annuel des pieds par votre podologue est suffisant.
°
Grade 1 (risque moyen x 5) : neuropathie sensitive isolée, définie par
la perte de sensation au monofilament de 10 g > un examen des pieds
et des chaussures doit être fait à chaque consultation par le médecin
traitant ou le podologue, avec une éducation du patient et conseils
d’hygiène.
° Grade 2 (risque élevé x 10) : neuropathie associée
à une déformation du pied et/ou à une artérite > il faut prendre les
mesures nécessaires pour le Grade 1, avec en plus : - bilan par un podologue puis soins de podologie tous les 2 mois. -
en présence de callosités ou troubles statiques, prescription
d’orthèses plantaires réalisées sur mesure par un podologue formé. - si nécessaire, prescription de chaussures pour pieds sensibles ou de chaussures thérapeutiques de série.
°
Grade 3 (risque très élevé x 15) : antécédent d’amputation ou
d’ulcération d’un pied ayant duré plus de 3 mois > il faut prendre
les mesures nécessaires pour les grades 1 et 2 avec en plus la
prescription d’un bilan annuel à réaliser par une équipe spécialisée.
La
prise en charge qui a été définie (et donc le remboursement de vos
séances de soins) n’est donc possible que si, après gradation, vous
relevez du Grade 2 ou 3. Si vous avez un Grade 0 ou 1, vos séances de
soins podologiques ne sont pas remboursées mais il vous est fortement
conseillé de faire examiner vos pieds par un podologue tous les ans. L’examen des pieds du patient diabétiqueL’examen
du patient diabétique doit être réalisé au moins une fois par an afin
d’évaluer et grader le risque podologique. A chaque consultation, les
patients à risque doivent enlever chaussures et chaussettes pour que le
praticien puisse inspecter le pied et rechercher une petite lésion, des
troubles trophiques, une fissure, un érythème, des mycoses, etc. L’examen doit ainsi comprendre : -
la recherche d’une neuropathie sensitive par l’évaluation de la
sensibilité tactile de la plante du pied, si possible en utilisant la
méthode standardisée du mono filament nylon. - la recherche d’une
artériopathie par la palpation des pouls périphériques. L’artérite sera
diagnostiquée par l’absence de palpation de deux pouls à un pied, une
claudication intermittente, un antécédent de chirurgie vasculaire d’un
membre inférieur. - la recherche de déformations du pied et/ou de
cals. Les déformations du pied doivent être recherchées car elles
augmentent le risque de lésion en créant des zones de frottement et
d’hyperpression ; elles favorisent l’apparition d’hyperkératose par
modification des points d'appui sur le sol.
Le podologue, au
minimum une fois par an, devra vous rappeler les règles d’éducation du
patient à risque concernant l’hygiène du pied : choix de chaussures
adaptées, inspection et lavage réguliers du pied, signaler aussitôt
toute lésion suspecte, éviter les traumatismes. Le test au monofilamentLa
perte de la sensibilité superficielle va être diagnostiquée par le test
du monofilament. C’est le moyen le plus simple pour diagnostiquer chez
les diabétiques une neuropathie périphérique exposant à un risque de
lésion ulcérée des pieds. Il évalue la sensation de toucher/pression au
niveau des terminaisons nerveuses les plus importantes. Ce test permet
au médecin ou au podologue d'identifier les zones de perception réduite
de la pression. Pour cela, vous devez être confortablement installé et détendu, présentant la face plantaire de vos pieds à l'examinateur. Le
monofilament doit vous être montré, vous le toucherez de votre main et
vous verrez que le test n'est pas douloureux. Vous ne devez pas
regarder quand l'examinateur applique le monofilament. Vous devez
signaler vous-même quand vous sentez le filament sur votre pied, sans
avoir à être interrogé à chaque application. Le filament sera
tenu perpendiculairement à la peau, l'extrémité devant toucher
légèrement la peau jusqu'à ce que le filament se torde. La durée totale
(approche, contact et retrait) doit être d'une seconde environ. Le
praticien doit tester trois sites sur chaque pied. La sensation de
protection est conservée à chaque site si vous répondez correctement à
deux des trois applications. Elle est absente si deux des trois
réponses sont fausses : vous êtes alors considéré à risque d’ulcération. Comment faire pour obtenir la prise en charge des soins podologiques ?Rappelons
d’abord que vous devez avoir été gradé 2 ou 3. Si c’est le médecin qui
vous a ainsi gradé, il va vous prescrire lui-même les séances de soins
podologiques chez le podologue. La sécurité Sociale en effet va
prévenir tous les médecins de cette possibilité de prise en charge et
de la nécessité de grader tous les patients diabétiques. Si c’est
le podologue qui vous a gradé, il vous enverra chez votre médecin pour
obtenir une “ordonnance” de prescription des séances de soins et du
bilan correspondant à votre “grade”.
Si tous les podologues
peuvent vous prodiguer les séances de soins qu’exige votre état, tous
ne pourront vous faire bénéficier de la prise en charge. En effet, le
podologue doit être pour cela “conventionné” et c’est un choix qu’il
fait individuellement. Certains podologues seront ainsi conventionnés,
et appliqueront dans ce cas un tarif de 27 euros par séance de soins
qui seront remboursés. D’autres ne le seront pas et leurs soins ne vous
seront pas remboursés même si vous êtes gradé 2 ou 3.
Mais, par
ailleurs, certains podologues, bien que conventionnés, ne pourront vous
faire bénéficier tout de suite de cette prise en charge. En effet, la
convention va mettre un peu de temps à s’appliquer. Elle prévoit
notamment que les podologues doivent suivre une formation spécifique de
plusieurs jours, théorique et pratique. Certains l’avaient déjà suivie
et sont donc immédiatement “opérationnels”. D’autres devront attendre
la mise en place des formations au second semestre 2008 et en 2009. Il
conviendra donc de vous renseigner auprès de votre podologue pour
savoir : - s’il est conventionné - s’il est en mesure de vous faire bénéficier immédiatement (ou plus tard) de la prise en charge. Combien de séances remboursées ?
La prise en charge sera plafonnée, par an et par patient, à 6 séances
de soins au maximum pour le grade 3, et à 4 séances de soins au maximum
pour le grade 2. La séance ne pourra pas être réalisée à domicile, ni donner lieu à des majorations de nuit, de dimanche ou de jour férié.
Ces
soins spécifiques comprendront la réalisation d’un bilan-diagnostic
podologique initial, enrichi au fil des soins et des séances de soins
de prévention. La première séance de soins sera notamment consacrée,
pour partie, à la réalisation du bilan-diagnostic podologique.
Le
podologue transmettra les fiches synthétiques du bilan-diagnostic
podologique à votre médecin au terme du traitement ou en cas de
prolongation de séances de soins de prévention.
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